Comme vous le savez sûrement déjà, Thémiselva a pour projet d’ouvrir un refuge animalier en Bolivie, dans la province de Santa Cruz. Mais pourquoi vouloir construire un refuge ?

Amérique du Sud et trafic illégal

L’Amérique du Sud est un continent très riche en biodiversité. Malheureusement, cette richesse attire les trafiquants en masse. En 2010, au Brésil, lors de la conférence sud-américaine sur le trafic illégal d’animaux sauvages, un constat alarmant est fait : chaque année plus de 20 millions d’individus sont sortis illégalement du continent et peu survivront à sa capture et au voyage. Ils finiront dans des zoos, des collections personnelles, chez des particuliers comme animal de compagnie ou dans des laboratoires pharmaceutiques. Ce trafic génère environ 17 milliards de dollars dans le monde chaque année (IFAW 2016).

Et en Bolivie ?

Malheureusement, la Bolivie est aussi concernée par ce problème.

Pour lutter contre cette infamie, l’État a mis en place des mesures visant à limiter le trafic et à récupérer les animaux qui en sont issus pour leur donner une meilleure fin de vie. Nous vous les présentons ci-dessous.

En Bolivie, la Direction Générale de la Biodiversité est un service affilié au ministère de l’écologie bolivien. Elle se charge de prendre les décisions et de diriger tous les moyens mis en place contre le trafic.

La « POFOMA » (Policia Forestal y Medio Ambiente) , est la police de la forêt et de l’environnement. Ses membres sont les seules personnes habilitées à récupérer les animaux et à arrêter les trafiquants. Leur effectif étant réduit, ils ne peuvent pas se rendre partout et concentrent leurs interventions sur les revendeurs d’animaux. Finalement, ils n’enquêtent pas vraiment, un numéro leur est dédié et tout le monde peut les contacter pour dénoncer des trafiquants.

Une fois les animaux saisis par la POFOMA, c’est la Gobernación (l’équivalent de la préfecture française) qui prend en charge les animaux et les transfère dans les centres de dérivation.

Les centres de dérivation

Les centres de dérivation sont les établissements chargés de s’occuper des animaux confiés à la Gobernación, en attendant qu’ils soient redirigés vers les centres de secours. En théorie, le transfert vers ces derniers doit être fait dans les 14 jours suivants la saisie. 

Chaque département devrait avoir un centre de dérivation. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Dans celui de Santa-Cruz, le centre appartient à la Gobernación. Récemment ouvert, il a rapidement été rempli et aujourd’hui, il n’y a plus de place pour de nouveaux arrivants. C’était déjà le cas avec le centre précédent et ça le sera sûrement dans les prochains. Cela montre l’importance du trafic en Bolivie !

Les centres de secours ou refuges

Pour commencer, faisons un petit point vocabulaire : centre de secours et refuge sont synonymes. Seulement, le terme “centre de secours” est le terme officiel tandis que dans le langage courant, on utilise “refuge”. Mais finalement l’un et l’autre désignent les mêmes établissements.

Ces structures ne sont pas gérées par l’État bolivien mais par des associations ou des fondations. Ce sont donc des initiatives privées. Malheureusement, les refuges se remplissent aussi vite que les centres de dérivation. Lors de leur création cela fait un appel d’air pour ces derniers mais rapidement la situation revient au point de départ.
Chaque centre choisi les animaux qu’il souhaite accueillir et leur nombre. Ce luxe de choisir entraîne des problèmes car certaines espèces très communes comme le Capucin ou le Coati sont peu demandées et récupérées dans les refuges alors qu’elles sont les plus nombreuses à arriver dans les centres de dérivation. Elles restent alors dans les centres pendant de longs mois voire années tandis que les jaguars ne resteront que quelques jours dans les centres de dérivation avant de trouver un refuge.

Le plus gros centre de secours du pays, Senda Verde, accueille 800 animaux.

Aujourd’hui, les animaux du centre de dérivation de Santa Cruz sont redistribués vers 5 structures : PlayLand, le zoo de Santa Cruz, Biocentro Guembe, AfaSi et Serfauna. Les 3 premiers établissements ne sont pas des centres de secours à proprement parler mais plutôt des lieux touristiques accueillant des animaux. Il y a donc un aspect lucratif qui n’est normalement pas présent dans les centres de secours classiques.

Nous avons eu l’occasion d’interviewer l’équipe de Serfauna qui a ouvert un centre de secours assez récemment après avoir tenu un centre de dérivation pour le département de Santa Cruz.

Pour illustrer cet article, voici quelques anecdotes issus de notre entretien :

  • Le centre de dérivation recevait 100 animaux par mois en moyenne.
  • Le maximum d’animaux reçu en 1 journée a été de 500. C’était aussi le nombre de place maximal dont disposait le centre à son apogée.
  • Un centre de dérivation n’est pas censé garder un animal plus de 14 jours. En réalité, une femelle capucin est restée plus de 3 ans au centre faute de place ailleurs.
  • Le Top 4 des espèces les plus reçues est :
  1. Les Perroquets, toutes espèces confondues ;
  2. Les Capucins ;
  3. Les Coatis ;
  4. Les Tortues, toutes espèces confondues ;
    Ce centre accueille les espèces citées ci-dessus mais aussi des Callicèbes, des singes écureuils (ou saïmiris ou sapajous) et un tamanoir, récupéré suite aux incendies de la Chiquitania. Ce dernier devrait être relâché une fois remis sur pied.

Singe capucin
Sapajou apella

Singe écureuil
Saimiri boliviensis

Callicèbe
Plecturocebus donacophilus

Coati
Nasua nasua

Ara bleu
Ara ararauna

Tamanoir
Myrmecophaga tridactyla

Accueillir les animaux, ok ! Mais dans quelles conditions ?!

Il ne faut pas se mentir, les conditions d’accueil dans les centres de dérivation ne sont pas excellentes… Les cages sont très petites et les animaux plutôt entassés. Par exemple, l’ancien centre de Santa Cruz (celui géré par Serfauna), recueillait 500 animaux sur la surface d’un terrain de tennis. Nous vous laissons imaginer l’espace dont disposait chaque animal… Mais il est important de noter que ce n’est pas par plaisir que les gérants de centre font cela mais par manque de moyens. Le matériel est souvent vétuste et rien n’est fait pour le changer, les terrains sont petits mais il n’y a aucun moyen pour les agrandir et malheureusement le trafic ne diminue pas et les animaux s’accumulent… En effet, les refuges récupèrent les animaux issus des centres de dérivation mais une fois qu’ils sont complets, le problème redevient le même. Un nouveau refuge pourrait être ouvert chaque mois, il serait rempli quelques mois plus tard ! Alors les gérants de centre de dérivation font comme ils peuvent pour gérer ce flux important d’arrivées, avec les moyens que l’État leur donne.


Cages à Ser Fauna

Cage à Playland

Et Thémiselva dans tout ça ?

Formé pendant de nombreuses années sur le sujet et sensibilisé à la problématique du trafic animal en Bolivie, le noyau dur de l’association souhaitait dès le départ apporter sa pierre à l’édifice en ouvrant un refuge animalier. Il permettra d’offrir des meilleures conditions de vie aux animaux reçus. Avec des espaces convenables, une nourriture adaptée et des enrichissements réguliers, tout sera fait pour que les pensionnaires soient bien !

Mais ce refuge sera plus qu’un centre de secours : il servira de base éducative pour le programme « Les gardiens de la forêt ». Une aire d’animation sera mise en place et des visites organisées pour sensibiliser le public. Ce sera un outil complémentaire aux interventions dans les écoles rurales. De plus, voir les animaux rendra notre message plus concret.
En sensibilisant le public, Thémiselva espère fait baisser localement la demande d’animaux de compagnie sauvages et donc de réduire le trafic par ce biais. Certes, cette vision est une vision à long terme mais pour nous c’est une des façons les plus efficaces pour réduire durablement le trafic. 

Pour mieux comprendre les animaux, leurs comportements et leur biologie, le refuge sera aussi une base scientifique.

Et enfin, grâce à ces scientifiques et à l’aide de spécialistes, nous aimerions relâcher un maximum d’individus pour qu’ils retrouvent leur milieu naturel : la jungle. Malheureusement ce n’est pas possible pour toutes les espèces… Mais cela fera l’objet d’un prochain article. Ces relâchés prendront du temps car nous voulons faire les choses sérieusement et nous voulons que ces manœuvres réussissent et ne portent pas préjudice aux animaux.

Le refuge n’est encore qu’un projet. Les recherches de terrain sont en cours, nous prenons notre temps pour  nous assurer de faire les bons choix. Vous pouvez suivre l’avancée du projet en nous suivant sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Snapchat) ou ici même avec les récap’ du mois. (Cliquez ici pour le récap’ de janvier 2020).